08/02/2026
Dans la premiĂšre interview, Antoine nous explique pourquoi il considĂšre que la culture doit ĂȘtre accessible Ă tous, sans barriĂšres :
"La culture, c'est quelque chose qui se vit. Ce n'est pas seulement quelque chose qui se regarde ou qui s'achĂšte."
Il souligne Ă©galement l'importance de se sentir libre de chanter et de danser ensemble, en dehors de toute pression sociale ou d'expertise. "Câest en dansant ensemble, en chantant ensemble, que ça donne envie aussi de porter des projets politiques plus loin."
Dans la seconde interview, Antoine parle de son travail dans l'association Corps & Graphies et de l'importance de l'engagement Ă travers des ateliers mĂȘlant danse, musique et rĂ©sistance civile.
"L'atelier est ouvert et c'est fait pour que les gens s'en emparent."
08/02/2026
Corps et Graphies est un collectif dâĂ©ducation populaire artistique nĂ© du constat que la progression des idĂ©ologies dâextrĂȘme droite ne se joue pas que sur le terrain rhĂ©torique mais aussi â et peutâĂȘtre surtout â dans le champ Ă©motionnel, symbolique et imaginaire.De nombreuses enquĂȘtes en sciences sociales et en psychologie politique montrent que les arguments rationnels, factuels ou logiques sont largement neutralisĂ©s lorsquâils entrent en concurrence avec des rĂ©cits mobilisant la peur, la nostalgie ou lâindignation. Les discours dâextrĂȘme droite opĂšrent prĂ©cisĂ©ment sur ce terrainâŻ: ils rendent invisibles les raisonnements complexes en saturant lâespace public dâaffects et de symbole
Face Ă ce constat, Corps et Graphies fait le choix stratĂ©gique de construire un contreâpoids affectif . Le collectif mobilise les corps, les pratiques artistiques et des moments historiques faisant autoritĂ© pour rĂ©inscrire des rĂ©cits politiques dans une expĂ©rience sensible partagĂ©e. La danse, le chant et la fĂȘte sont ici pensĂ©s comme des outils politiquesâŻ: ils permettent dâengager des personnes qui ne se sentiraient pas concernĂ©es par le dĂ©bat politique, ou qui sâen sont Ă©loignĂ©es par lassitude, rejet ou sentiment dâillĂ©gitimitĂ©. Cette mise en mouvement passe par la joie â au sens spinoziste â entendue comme une augmentation de la puissance dâagir collective.Le collectif fait le choix de montrer que de nombreux patrimoines culturels (dansĂ©s, chantĂ©s, mais aussi culinaires ou festifs) sont issus de circulations, de migrations, de mĂ©tissages et de rĂ©sistances. Cette approche permet de dĂ©construire une vision ethnoâdiffĂ©rentialiste et essentialiste de la culture. Il permet aussi d'expliquer de maniĂšre ludique Ă travers les exemples du cakewalk, d'Elvis Presley ou meme du Charlie and His Orchestra comment et pourquoi ont lieu des phĂ©nomĂšne d'appropriation culturelle
Les pratiques mobilisĂ©es par Corps et Graphies dans lâun de ses 3 ateliers appellĂ© âdanses rebellesâ sont issues de contextes de rĂ©sistances noires, queer, fĂ©ministes ou populaires, le collectif considĂšre lâappropriation culturelle, de genre ou de classe comme un risque structurel Ă la tenue de cet atelier et Ă ce titre Ă tenu Ă mettre en place plusieurs actions
Personne ne se rĂ©munĂšre au sein du collectif sur les ateliers bĂ©nĂ©voles. Lorsque des formats sont rĂ©munĂ©rĂ©s (institutions, programmations disposant de moyens), lâopportunitĂ© est systĂ©matiquement donnĂ©e pour que la rĂ©munĂ©ration des personnes aille aux concernĂ©es et impliquĂ©es de longue date dans les cultures mobilisĂ©es.
Cette politique ne repose pas cependant sur une assignation essentialiste entre une pratique et une origine, un genre ou une identitĂ©, mais sur lâimplication rĂ©elle, durable et communautaire dans un milieu culturel donnĂ©. Elle reconnaĂźt le travail souvent invisible de maintien, de transmission et de politisation culturelle rĂ©alisĂ© par des personnes qui ne sont pas nĂ©cessairement des artistes reconnu·es ou des figures mĂ©diatiques.
Chaque pratique abordĂ©e fait lâobjet dâun travail dâenquĂȘte: histoire dâĂ©mergence, contextes politiques, rapports de domination, usages contemporains. Le collectif sâappuie sur une bibliographie partagĂ©e et une base de ressources (articles, podcasts, entretiens, Ćuvres) accessibles aux participant·es.
Les ateliers incluent systĂ©matiquement des renvois versâŻ:
des cours ouverts au publicâŻ;
des lieux de pratiques existantsâŻ;
des soirĂ©es, bals ou espaces communautaires lorsque ceuxâci sont explicitement ouverts aux novices âŻ;
des productions culturelles permettant dâentendre directement la parole des personnes concernĂ©es.
Corps et Graphies situe explicitement son travail comme un survol introductif. Les ateliers ne prĂ©tendent ni Ă lâexhaustivitĂ©, ni Ă la maĂźtrise, ni Ă la lĂ©gitimitĂ© experte. Cette posture est formulĂ©e au conditionnel, en situant clairement qui parle, depuis quel endroit, et avec quelles limites.
Lâobjectif est de fournir suffisamment dâĂ©lĂ©ments pour permettre une comprĂ©hension contextualisĂ©e et susciter de lâempathie, sans jamais se substituer aux espaces de transmission communautaires.
Rendre visibles des pratiques issues de résistances minoritaires comporte des effets de bord identifiés : gentrification culturelle, afflux massif de publics non concernés, voyeurisme politique ou mise en danger des communautés.
La gentrification culturelle survient lorsque des pratiques issues de milieux populaires ou marginalisés sont extraites de leurs conditions sociales et politiques pour devenir des objets esthétiques valorisés par des publics dominants.
Pour en limiter les effets, Corps et GraphiesâŻ:
refuse toute dĂ©politisation des pratiques mobilisĂ©esâŻ;
rappelle systĂ©matiquement leurs conditions dâĂ©mergenceâŻ;
encourage le soutien aux collectifs, leurs campagnes et lieux existants
Les rĂ©flexions portĂ©es par le collectif Noyaux Durs, notamment dans leur intervention vidĂ©o sur les effets de diffusion culturelle, nourrissent cette vigilance et orientent la construction de parcours dâallié·es responsables plutĂŽt que de consommateur·ices de culture radicale.
Rendre visibles des danses politiques peut entraĂźner un afflux de personnes vers des communautĂ©s qui nâont ni le dĂ©sir ni la capacitĂ© dâacculturer massivement des publics extĂ©rieurs. Cela peut produire des situations de voyeurisme, dâĂ©puisement ou de dĂ©formation des pratiques.
Le collectif agit ici par :
La mise à distance explicite : les ateliers ne sont pas des invitations à « entrer » dans les communautés, mais à comprendre leur histoire.
Le refus de dĂ©signer des communautĂ©s comme objets dâobservation ou de fascination.
La responsabilisation des participant·es sur leurs postures, attentes et projections.
Dans certains contextes, rendre visible le caractÚre politique de pratiques queer ou racisées peut exposer des personnes ou des groupes à des violences ciblées.
Corps et Graphies prend ce risque au sĂ©rieux, mais considĂšre quâil doit ĂȘtre mis en regard dâun danger bien plus grand : lâarrivĂ©e au pouvoir de forces politiques qui menacent directement la survie culturelle, juridique et physique de ces communautĂ©s. NOus travaillons actuellement Ă trouver la posture qui nous semblerait la plus appropriĂ©es via des entretiens
Les risques dâappropriation, de gentrification ou de maladresse existent et sont pris au sĂ©rieux par Corps et Graphies. Des politiques concrĂštes ont Ă©tĂ© mises en place pour les limiter, tout en restant ouvertes Ă la critique et Ă lâĂ©volution des formats via des processus humain et digitaux
Cependant, ces risques doivent ĂȘtre mis en perspective avec un danger bien plus importantâŻ: lâarrivĂ©e au pouvoir de forces dâextrĂȘme droite, dont les effets sur les cultures minoritaires sont documentĂ©s â violences accrues, invisibilisation, censure, expulsions et mises en danger physiques des personnes qui portent ces pratiques.
Dans cette logique, Corps et Graphies fait le choix stratĂ©gique de lâinformation, de la sensibilisation et de la mise en mouvement de personnes susceptibles de devenir des allié·es. Cette stratĂ©gie (questionable) sâappuie sur une dĂ©marche de rechercheâactionâŻ: des questionnaires, des retours de terrain et des adaptations de formats permettent dâĂ©valuer les effets rĂ©els des ateliers.
LâhypothĂšse centrale est quâaider Ă comprendre les mĂ©canismes et participer Ă la lĂ©gitimation des figures dâautoritĂ© artistiques peut favoriser des postures de solidaritĂ© et Ă minima de soutien plutot que de lâignorance, de la paralysie ( je nâose rien dire car non concernĂ©), ou dâune inutile pĂ©nitence, 3 postures qui selon nous bĂ©nĂ©ficie Ă entĂ©riner les dynamiques actuelles de polarisation et de fascisation de la sociĂ©tĂ© . Lâobjectif nâest pas que tout le monde pratique, mais que davantage de personnes comprennent ce qui est en jeu et soient prĂȘtes Ă se positionner en soutien lorsque des attaques politiques surviendront.
04/02/2026
Ă la suite de la premiĂšre enquĂȘte sur l'impact de l'extrĂȘme droite sur la culture, nous souhaitons dĂ©sormais comprendre de maniĂšre plus dĂ©taillĂ©e les perceptions du danger, les situations rencontrĂ©es et les solutions mises en Ćuvre ou envisagĂ©es dans le milieu artistique. Cette enquĂȘte se construira en trois Ă©tapes : une sĂ©rie d'interviews en ligne, un questionnaire quantitatif, et enfin une rencontre pour partager les rĂ©sultats et co-construire des actions concrĂštes.
Chez Corps et Graphies, nous croyons fermement que lâhistoire, en particulier l'histoire collective mise en mouvement, peut Ă©clairer les luttes dâaujourdâhui et de demain. Ă travers cette dĂ©marche, nous souhaitons apporter du lien, de la visibilitĂ© et des solutions concrĂštes Ă celles et ceux qui se sentent isolĂ©s face Ă des dĂ©fis complexes.
Les interviews avec des professionnels
Le premier volet de cette enquĂȘte consiste en des interviews qualitatives rĂ©alisĂ©es avec des artistes et des professionnels de la culture, tels que des professeurs et des intermittents. Lâobjectif est de documenter des situations concrĂštes : interdictions, pressions, intimidations, tentatives de rĂ©cupĂ©ration idĂ©ologique, pertes de lieux, etc. Ces tĂ©moignages, souvent isolĂ©s, seront partagĂ©s afin de donner une voix Ă ceux qui se sentent parfois invisibles.
Le questionnaire quantitatif
La deuxiĂšme Ă©tape sera un sondage plus large, qui touchera environ 100 professionnels du secteur artistique. Ce questionnaire permettra de recueillir des donnĂ©es plus reprĂ©sentatives et de mieux comprendre lâĂ©tendue des perceptions et des situations vĂ©cues Ă travers la France.
La rencontre entre professionnels
Enfin, nous organiserons une rencontre pour permettre aux participants de l'enquĂȘte de partager leurs expĂ©riences, d'Ă©changer des solutions et de travailler collectivement dans un espace sĂ©curisĂ©. Cette rencontre se veut avant tout un lieu d'entraide et de solidaritĂ©. Elle pourra se dĂ©rouler en prĂ©sentiel ou en ligne, selon les contraintes sanitaires et les prĂ©fĂ©rences des participants.
Ă lâissue de cette enquĂȘte, nous produirons un livret Ă destination des professionnels des arts et de lâĂ©ducation artistique. Ce guide pratique proposera des outils concrets pour :
Réagir face à des propos ou comportements problématiques dans un cours ou un espace public.
Lutter contre le cyber-harcĂšlement.
Ăviter les formes de rĂ©cupĂ©ration ou de "blanchiment" politique.
Se protéger collectivement en cas de menaces.
Lâobjectif est de fournir des solutions pragmatiques et accessibles, afin dâĂ©viter toute posture hĂ©roĂŻque et de se concentrer sur des actions rĂ©alisables et soutenues par des ressources collectives.
Nos hypothĂšses sont les suivantes :
Beaucoup de professionnels, artistes et enseignants, se trouvent isolĂ©s dans des situations complexes, mais nâosent pas les partager, pensant ĂȘtre les seuls Ă les vivre.
Certains pensent que ces menaces ne peuvent pas les atteindre en France, et que cela ne concerne que les autres, mais pas eux.
Dâautres ont dĂ©jĂ commencĂ© Ă se mobiliser et ont proposĂ© des pistes concrĂštes dâaction, mais se sentent incapables dâagir seuls.
Nous, Ă Corps et Graphies, souhaitons briser cet isolement et offrir des moyens de rĂ©sistance collective. En publiant cette enquĂȘte, nous mettrons en lumiĂšre les actions dĂ©jĂ mises en place et ouvrirons la voie Ă dâautres initiatives. Ce sera lâoccasion de donner plus de visibilitĂ© Ă ce qui peut ĂȘtre fait pour dĂ©fendre la culture et la libertĂ© dâexpression artistique.
Si vous ĂȘtes un professionnel de la culture, un artiste ou un enseignant, nous vous invitons Ă participer Ă cette enquĂȘte.
Vous pouvez
Pour cela, il vous suffit de nous contacter Ă l'adresse suivante : camillepertuis@riseup.net
Les rĂ©sultats de cette enquĂȘte serviront de base pour des actions concrĂštes et des outils pratiques que nous partagerons avec vous pour vous soutenir dans la dĂ©fense de vos droits et de vos pratiques artistiques. Ensemble, faisons entendre notre voix et construisons une culture libre et inclusive.
EN RĂSUMĂ
Rester informĂ© des suites de cette enquĂȘte :
NâhĂ©sitez pas Ă partager cette enquĂȘte avec vos rĂ©seaux en relayant notre post insta !
30/01/2026
08/01/2025
17/07/2024
Dans le contexte politique et culturel actuel, Ă quel endroit se situe lâengagement pour les artistes : dans le contenu des Ćuvres, dans lâĂ©thique de travail, dans le choix des rĂ©seaux et des lieux dans lesquels on sâancre, ou encore dans la relation aux institutions ?
A tâon le choix de dĂ©cider pour qui lâon joue, qui nous rĂ©munĂšre, de qui on se rend dĂ©pendant ? Et quâest ce que cela engage comme courage politique ?
Invités :
- Marien Guillé, poÚte de proximité
- Annabel Reid, danseuse chorégraphe et membre du réseau Récréation
- Guillaume Forestier, danseur chorégraphe
- Zoé et Sarah, du collectif Corps et Graphie
- Pina Wood, dramaturge et poétesse
17/06/2024
14/04/2024
« Beaucoup de joie, et mĂȘme de lâeuphorie.âŻÂ» Câest ce que procure la danse Ă Tinou, facilitateur en intelligence collective de mĂ©tier et grand habituĂ© des dancefloors. «âŻCâest aussi parfois presque mĂ©ditatif, tu es vachement connectĂ© Ă toi-mĂȘme quand tuâŻdanses.âŻÂ» La liste des mĂ©rites de la danse estâŻinfinie. Elle permet de se rĂ©concilier avec sonâŻcorps, dâapaiser sonâŻesprit, de libĂ©rer son Ă©nergie, de gagner enâŻestime de soi, dâexprimer sa crĂ©ativitĂ© et ses Ă©motions. Vous en voulez encoreâŻ? 75â% des Français la considĂšrent comme un bon moyen de faire des rencontres (Ă©tude OpinionWay, 2016). Câest en effet un outil pour sortir de lâentre-soi en rapprochant lesâŻpersonnes les plus diverses, dans les fĂȘtes, lesâŻcours, les salles de spectacle, dans la rue, surâŻlesâŻrĂ©seaux sociaux. Et cet outil est de plus enâŻplus utilisĂ© dans les mouvements sociaux etâŻpar lesâŻdĂ©fenseurs de lâenvironnement pourâŻtoucher au-delĂ du cercle militant. Telle CamilleâŻĂtienne qui, Ă peine connue enâŻ2020, poste sur le Web laâŻvidĂ©o RĂ©veillons-nousâŻ: dansâŻun paysage de montagnes enneigĂ©es, elleâŻdĂ©clame un texte sur lâurgence climatique. ĂâŻses cĂŽtĂ©s, LĂ©aâŻDurand la soutient avec saâŻchorĂ©graphie. Lâensemble prend auxâŻtripes, fait le buzz et est vu plusieurs millions de fois.
Dans sa longue histoire, la danse a souvent Ă©tĂ© au service de luttes. La capoeira, par exemple, est une sorte dâart martial utilisĂ© au XVIeâŻsiĂšcle auâŻBrĂ©sil par les esclaves africains pour se libĂ©rer de lâoppresseur. En France, en 1940, quand Vichy interdit les bals populaires, desâŻarriĂšre-salles de cafĂ© ou des granges se muent en dancings clandestins, parfois frĂ©quentĂ©s parâŻles maquisards. Ă Los Angeles au dĂ©but desâŻannĂ©es 2000, en rĂ©action Ă la violence dansâŻles quartiers et pour changer lâĂ©nergie nĂ©gative en positive, comme le hip-hop Ă âŻsesâŻdĂ©buts, des jeunes inventent un langage chorĂ©graphique, le krump.
«âŻLa machine Ă tout commercialiser et Ă tout dĂ©politiser a transformĂ© des danses Ă©minemment rĂ©sistantes en truc joliâŻÂ», estime Tinou. Ce militant de lâĂ©cologie et des droits humains a dĂ©cidĂ© dâinverser cette tendance avec le collectif Corps et Graphies 2028. Las de constater que «âŻlesâŻdiscours simplistes, complotistes ouâŻsensationnalistes marchent mieux que lesâŻarguments chiffrĂ©s », il a montĂ© un atelier-spectacle dans lequel il fait danser le public. «âŻLes gens sâintĂ©ressent moins aux chiffres du Giec quâĂ des rĂ©cits qui touchent leurs Ă©motions. Alors on joue avec celles produites par la danse, le chant pour lesâŻsensibiliser.âŻÂ»
Faire vivre des «âŻexpĂ©riences crĂ©atives etâŻĂ©motionnelles artistiquesâŻÂ» fait aussi partie duâŻprojet du Bruit qui court, un collectif deâŻ50âŻÂ«âŻartivistesâŻÂ» (activistes et artistes, professionnels ou non) et sa communautĂ© dâenviron 200âŻpersonnes qui sâengagent pour uneâŻsociĂ©tĂ© Ă©cologique et solidaire avec laâŻconviction que lâart peut accompagner desâŻchangements profonds. DĂ©ambulations, performancesâŠ, ilsâŻinvestissent lâespace public dĂšs que possible. Notamment avec RĂ©siste, leurâŻchorĂ©graphie poignante pendant laquelle ilsâŻÂ«âŻvivent lâurgence Ă©cologique dans leur corpsâŻÂ», selon ZoĂ© Reverdy, Ă©tudiante artiviste, qui poursuit : «âŻLa danse permet de ressentir leâŻcollectif. On est Ă lâunisson, câest fort. Souvent, les spectateurs nous disent avoir Ă©tĂ© Ă©mus.âŻÂ»
Parmi les Ă©motions vĂ©hiculĂ©es, il y a donc la joie, indispensable outil de mobilisation. «âŻCe nâest pas facile de lutter. Si tu ne proposes que deâŻdistribuer des tracts sous la pluie, ce nâest pas trĂšs motivantâŻÂ», ironise Tinou. Ă lâinverse, ilâŻraconte comment il a vu la danse remettre duâŻbaume au cĆur Ă des participants «âŻtraumatisĂ©s par la violence » de la manifestation contre les mĂ©gabassines en 2023. «âŻIls ont pu repartir sur une note positiveâŻÂ», assure-t-il. La joie cimente les liens, adoucit les angoisses, redonne de lâĂ©lan. Elle favorise la crĂ©ation. LaâŻperformance RĂ©siste est nĂ©e du travail collectif dâartivistes, danseurs, militants, graphistes, architectes. Pas besoin dâĂȘtre professionnel pour faire passer un message fort, sensible, qui donne envie dâagir. «âŻOn ne veut pas juste dĂ©construire ce qui nous paraĂźt problĂ©matique, explique ZoĂ© Reverdy. Câest essentiel de mettre de la joie dans nos actions pour apporter de nouveaux imaginaires.âŻÂ»
Le rĂȘve dâun monde plus dĂ©sirable nâest pas que celui des activistes croisĂ©s dans lesâŻmanifestations, lesâŻfestivals. Câest aussi celui du chorĂ©graphe professionnel JĂ©rĂŽmeâŻBel. «âŻMon travail aâŻtoujours Ă©tĂ© critique, mais face Ă âŻlâampleur deâŻlaâŻcrise Ă©cologique, je suis devenu militant. EnâŻtant quâartiste, câest mon rĂŽle de rendre sensibles etâŻintelligibles certaines choses difficilesâŻÂ», dit-il. SaâŻcompagnie ne prend plus lâavion, il soutient financiĂšrement des mouvements de dĂ©sobĂ©issance civile, etc. Avec Danses non humaines, une sorte deâŻconfĂ©rence dansĂ©e conçue avec lâhistorienne de lâart EstelleâŻZhongâŻMengual, il fait entrer lâĂ©cologie dans des lieux habituellement rĂ©servĂ©s Ă âŻlaâŻculture. Il sâappuie sur des piĂšces deâŻLoĂŻeâŻFuller, Isadora Duncan ou encore PinaâŻBausch pour interroger la place de la nature dans le rĂ©pertoire. Et conclut que le plus souvent lâhumain lâutilise pour se valoriser, sans laâŻconsidĂ©rer. «âŻJe convoque mesâŻcollĂšgues passĂ©s et prĂ©sents afin dâessayer deâŻcomprendre comment ils ont produit cette culture dont nousâŻhĂ©ritons et qui, dâune certaine maniĂšre, nous aâŻconduits Ă la situation catastrophique actuelleâŻÂ», commente-t-il.
Ă elle seule, la danse ne sauvera pas le climat, mais elle participe Ă la prise de conscience dansâŻun joyeux partage de plaisir. Câest unâŻpremier pas.
Selon ZoĂ© Reverdy du collectif Le Bruit qui court, câest un des nombreux atouts de la danse : elle produit des images puissantes qui circulent dans tous les milieux et montrent que la lutte nâa pas besoin dâĂȘtre morose pour ĂȘtre efficace. LâannĂ©e derniĂšre, Mathilde Caillard, alias MCâŻdanse pour le climat, une militante pourâŻlâenvironnement et la justice sociale dâAlternatiba Paris, a Ă©tĂ© critiquĂ©e pour avoir dansĂ© dans une manifestation contre laâŻrĂ©forme des retraites. Sa performance, jugĂ©e inutile, pas sĂ©rieuse pour certains, aurait dĂ©politisĂ© le combat pour dâautres. Câest pourtant lâinverse qui sâest produit : reprise par la presse etâŻles rĂ©seaux sociaux, elle a mis un coup de projecteur sur sesâŻrevendications. Elle a mĂȘme touchĂ© desâŻadversaires politiques de la dĂ©putĂ©e pourâŻqui la jeune femme travaille en tant quâassistante parlementaire, a-t-elle confiĂ© surâŻlesâŻondes duâŻMouvâ en juillet 2023.
07/08/2023
Le vent glacial sâengouffre entre les toiles du chapiteau. Mais sous la voĂ»te, lâatmosphĂšre est brĂ»lante. Lunettes futuristes sur le nez, Tinou, du collectif « Corps & Graphie 2028 », se dĂ©hanche face Ă une cinquantaine de spectateurs.
« On va faire un pas trĂšs simple, propose-t-il Ă lâassemblĂ©e debout devant lui, mi-curieuse mi-gĂȘnĂ©e. Pied droit en avant, on revient ; pied gauche en avant, et on revient. »

La musique dĂ©lie peu Ă peu les muscles. Les visages se dĂ©tendent, les Ă©paules roulent, les hanches glissent. MĂȘme les plus timides se laissent prendre au jeu, abandonnant leurs pulls et les gradins pour rejoindre la scĂšne.
Tinou mime une dĂ©marche snob, vite suivi par les autres. « Câest du cake-walk : une danse utilisĂ©e par les esclaves pour se moquer des maĂźtres qui dansaient le menuet, explique-t-il tout en ondulant. La danse, câest de la politique ! »
« La danse, câest de la politique ! »
Le trentenaire, qui se dit « fachĂ©-anxieux », a créé ce spectacle de « RĂ©sisâdance » en 2022, peu aprĂšs les Ă©lections prĂ©sidentielles. LâidĂ©e : initier le maximum de personnes aux pas qui ont, historiquement, fait bouger les mentalitĂ©s et rĂ©gimes politiques.
Lors de sa présentation aux rencontres écologistes des Résistantes, qui se tenaient début août sur le plateau du Larzac, le spectacle a fait un carton.
Petits et vieux, showmen assurĂ©s ou valseurs du dimanche, tous ont pu apprendre quelques pas de twist â dansĂ© par les militants pour les droits civiques aux Ătats-Unis â, ou reprendre la chorĂ©graphie dâ« Un violador en tu camino » (« Un violeur sur ton chemin »), créé en 2019 par le collectif chilien Lastesis pour dĂ©noncer les violences patriarcales.
Ces moments de liesse sont vitaux pour le militantisme, selon Tinou et ses acolytes. « Danser, ça permet de ramener de la joie dans les milieux militants, de ne pas ĂȘtre uniquement plombĂ©e par lâactualitĂ© », dit Manon, lâune des animatrices du spectacle. « Ăa remotive », abonde sa camarade Clara.

« Câest difficile, la lutte, dit Tinou. Mais par la danse, la joie, on vit des moments incroyables. » Le jeune homme Ă©voque, en exemple, son expĂ©rience lors de la manifestation de Sainte-Soline contre les mĂ©gabassines, marquĂ©e par une forte rĂ©pression policiĂšre : « On sâest fait tabasser la gueule. Le soir, on a fait une grosse teuf reggaeton [une danse latino-amĂ©ricaine]. »
« Je suis reparti traumatisĂ©, mais content quand mĂȘme », raconte-t-il. « Câest hyper important, la teuf [fĂȘte]. Il y a des combats qui foirent car la cantine ou la teuf ne sont pas au point. »
« Si je ne peux pas danser, ce nâest pas ma rĂ©volution »
Le lien entre danse et militantisme ne date pas dâhier. Lâhistoire dâEmma Goldman, Ă©voquĂ©e par la journaliste Iris DerĆux dans une enquĂȘte de la revue La DĂ©ferlante sur le sujet, en tĂ©moigne. En 1931, alors quâelle profitait Ă plein dâune fĂȘte, lâintellectuelle et anarchiste russe a Ă©tĂ© rappelĂ©e Ă lâordre par un camarade, qui lui a susurrĂ© Ă lâoreille que sa « frivolitĂ© nui[sai]t Ă la cause ».
Goldman lui a rĂ©pondu quâil Ă©tait « inconcevable quâun bel idĂ©al comme lâanarchisme puisse exiger le refus de la vie, de la joie ». De cette anecdote a Ă©tĂ© tirĂ©e un slogan, aujourdâhui repris Ă lâenvi dans les cortĂšges : « Si je ne peux pas danser, ce nâest pas ma rĂ©volution. »

Cette idĂ©e est incarnĂ©e â entre autres â par les Rosies, un collectif fĂ©ministe formĂ© au sein de lâassociation Attac en 2019, Ă©galement prĂ©sent aux rencontres des RĂ©sistantes. Ses membres, reconnaissables Ă leurs bleus de travail Ă©voquant la tenue de lâicĂŽne Ă©tasunienne Rosie la riveteuse, sont connues pour enflammer les manifestations avec leurs dĂ©tournements de chansons et chorĂ©graphies entraĂźnantes.
« On peut lutter en chantant, pas quâen subissant, assure lâune dâentre elles, Ileana Berteau. On nâest pas obligĂ©s dâaller Ă lâenterrement de nos croyances. Avec les Rosies, on danse nos espoirs. »
Sous un barnum couleur sable rĂ©guliĂšrement balayĂ© par la pluie, lâantenne aveyronnaise du collectif tente de former une trentaine de curieux Ă leur mĂ©thode. Lâair de « Marcia BaĂŻla » des Rita Mitsouko, fuse dâune sono. Assis en tailleur Ă mĂȘme la paille, des petits groupes sont chargĂ©s dâen réécrire les paroles, en y accolant des mouvements Ă©vocateurs.
Six femmes se marrent dans un coin. Sous leur plume, le premier couplet de la chanson sâest transformĂ© en joyeuse diatribe contre le patriarcat, mimĂ© par une potence. « On Ă©tait toutes dâaccord que câĂ©tait le bon geste », rit Elsa [*], 41 ans.

Autour dâelle, ça sautille, ça tape du pied, ça tourne, les bras en lâair, en dessinant les vagues dans les airs. Il flotte dans lâair un nuage dâallĂ©gresse. Peu Ă peu, une chorĂ©graphie commune prend forme.
« Quand on danse, on est ensemble. Câest ça, la lutte, sourit Jo, pĂ©tillante septuagĂ©naire aux oreilles ornĂ©es dâĂ©normes cĆurs jaune. Ăa permet de lĂącher toute la colĂšre quâon a, et de la transformer en Ă©nergie positive pour permettre la suite. »
« Jâavais besoin dâactiver quelque chose, de lâoptimisme »
Pour certaines, les chorĂ©graphies des Rosies ont permis dâeffectuer un premier pas vers le militantisme. Nathalie, lâune des animatrices de lâatelier larzacien, raconte par exemple avoir rejoint Attac aprĂšs les avoir dĂ©couvertes ; dâautres, comme Manuela, expliquent y avoir puisĂ© lâĂ©nergie pour enterrer leur dĂ©sespoir. « Les premiĂšres manifâ du mouvement pour les retraites, ça ressemblait Ă un dĂ©filĂ© mortuaire, ça me minait. Jâavais besoin dâactiver quelque chose, de lâoptimisme », se souvient-elle.
Ăgalement prĂ©sente Ă lâatelier des Rosies, Louise, 26 ans, confie avoir eu le sentiment dây trouver une famille militante : « Je vais souvent manifester seule. En passant Ă cĂŽtĂ© dâelles, jâai eu lâimpression de leur appartenir. La danse, ça fĂ©dĂšre Ă©normĂ©ment. »

La preuve : aprĂšs deux heures Ă chanter, taper des mains et battre des pieds de maniĂšre synchronisĂ©e, des liens se tissent entre les personnes prĂ©sentes Ă lâatelier. « Jâai passĂ© une super aprĂšs-midi avec Louise que je viens de rencontrer », rigole Elsa en lui donnant un coup dâĂ©paule complice.
« Ce nâest pas un corps qui danse, câest un groupe »
« Danser, ça crĂ©e des liens moins restreints que ceux du travail, observe Ileana Berteau. Tout seul, câest trĂšs dur de lutter, en tant que femme particuliĂšrement. Ensemble, on se sent plus fortes, plus lĂ©gitimes. Ce nâest pas un corps qui danse, câest un groupe. »
Au point quâil semble difficile, au terme des rĂ©pĂ©titions, de sĂ©parer les danseurs. Sous le barnum, les chorĂ©graphies sâenchaĂźnent, faisant voleter des brins dâherbe dans lâair. Un sentiment dâeuphorie sâempare des corps. La musique sâestompe Ă peine quâon entend dĂ©jĂ crier : « Allez, on recommence ! »
10/07/2023
Lors des manifestations contre la rĂ©forme des retraites au printemps dernier, une membre de lâassociation Alternatiba nâa pas laissĂ© le cortĂšge indiffĂ©rent : Mcdansepourleclimat aka Mathilde Caillard toute de noire vĂȘtue et lunettes de soleil ambiançait la foule derriĂšre un char techno en scandant un remix techno aux paroles Ă©vocatrices âTaxer les riches !â
CritiquĂ©e Ă la fois par les personnes de son camp et ses dĂ©tracteurs, elle a pourtant remportĂ© un fort succĂšs et sa vidĂ©o est devenue virale en quelques jours rĂ©veillant un vieux dĂ©bat, est-ce que lutter et danser sont deux activitĂ©s incompatibles ? Lâune serait âsĂ©rieuseâ, lâautre de lâordre du âdivertissementâ. Sa rĂ©ponse ? : âLa danse est un vaisseau idĂ©al pour exprimer cette joie militante fĂ©dĂ©ratrice. La danse est un moment oĂč lâon se redonne de la force, oĂč lâon fait corps ensemble.â
Ăa nâest pas un phĂ©nomĂšne nouveau : la danse a toujours rimĂ© avec rĂ©sistance. En tĂ©moigne cette vidĂ©o de lâIna retraçant lâhistoire de la danse au sein des luttes sociales en France.
Et les Français nâont rien inventĂ© : cela fait un moment que les minoritĂ©s, Ă travers les luttes fĂ©ministes, antiracistes se sont emparĂ©es de ce mĂ©dium artistique comme outil de revendication, de lĂącher-prise, et de rĂ©appropriation des corps et de lâespace public.
Bref, la danse, la joie, sont de puissants leviers dâaction pour faire passer des messages, nourrir les luttes et se rĂ©gĂ©nĂ©rer. Petit tour dâhorizon des danses qui riment avec rĂ©sistance.
De fait, beaucoup de danses sont nĂ©es dans des endroits de revendications : le waacking, une danse de club nĂ©e dans les annĂ©es 70 Ă Los Angeles a Ă©tĂ© créé par des minoritĂ©s queers africo-latino. Le voguing, danse de âballâ qui pastiche les dĂ©filĂ©s de mode et les magazines de luxe, est nĂ© Ă New-York dans les annĂ©es 80 au sein des communautĂ©s transgenres africo-latino-amĂ©ricaines (voir lâexcellent documentaire âParis is burningâ). Le Krump, alternative Ă la danse hip hop habituelle, lui, est nĂ© dans les quartiers dĂ©favorisĂ©s de Los Angeles. Sans oublier la Capoeira imaginĂ©e dans les quartiers pauvres BrĂ©siliens⊠Bref, sans partir sur un cours dâhistoire, ces danses Ă©closent souvent de lâenvie dâexprimer par le corps les oppressions et les discriminations dont sont victimes des minoritĂ©s.
Dans un autre mouvement, des versions âqueersâ de danses rĂ©putĂ©es comme ânormĂ©esâ Ă©mergent aussi : câest le cas par exemple du queer tango, du queer bachata ou encore de la queer salsa qui cassent les codes binaires âhomme-femmeâ et rĂ©inventent des maniĂšres de danser plus fluides.
Ce collectif a Ă©tĂ© créé en 2021 par cinq amis danseurs et danseuses pour la crĂ©ation dâune piĂšce chorĂ©graphique : Ăcume. Ses membres, tous jeunes, mĂȘlent art et militantisme, poĂ©sie et politique en faisant des lieux publics leur terrain de jeu. Ils y jouent leurs chorĂ©graphies et formes artistiques au format hybride. Pour lutter contre le gigantesque projet mortifĂšre de Total en Ouganda, EACOP, des danseurs et danseuses en rouge et noirs ont dĂ©livrĂ© une chorĂ©graphie puissante. Un mode dâaction rĂ©pĂ©tĂ© Ă lâoccasion de la lutte contre Deep Sea Mining Ă Lisbonne, ou place de la RĂ©publique pour la Marche pour le Futur, etc.
RĂ©cemment, le collectif a rĂ©alisĂ© un performance Magma Ă Paris au sein de lâAcadĂ©mie du Climat. AprĂšs avoir rĂ©alisĂ© un teaser vidĂ©o oĂč on les voit danser dans une forĂȘt, lâĂ©quipe a organisĂ© une marche dansĂ©e et costumĂ©e entrecoupĂ©e de chants, de concerts et de banderoles âOn ne tait pas un peuple qui danseâ, et de danse qui a marquĂ© les esprits. Un groupe de danseurs et danseuses maquillĂ©s et vĂȘtus de bleu offraient un incroyable spectacle tandis que des chars diffusaient de la musique pour que chacun puisse sây donner Ă cĆur joie.
MĂ©langer jeu de rĂŽle, danse, et rĂ©sistance lors dâun atelier de deux heures ? Câest le pari rĂ©ussi de Corps et graphies qui projette ses participants en 2030, dans un monde rĂ©tro-futuriste pas si lointain, aka 2028, oĂč Marine Le Pen aurait pris le pouvoir. Comment rĂ©sister et danser dans un monde qui limite la libertĂ© de mouvements et des corps ? Les participants sont embarquĂ©s dans une histoire dont ils sont les hĂ©ros et oĂč chaque choix peut les mener vers plus dâoppression ou plus de liberté⊠Lâoccasion de rĂ©viser lâhistoire des luttes et des danses, tout en sâamusant et en apprenant les basiques du queer tango, du krump ou encore du voguing.
Ă Arles en aoĂ»t 2022, 150 âartivistesâ accouchaient aprĂšs une semaine de rĂ©sidence dâune premiĂšre performance dansĂ©e alertant sur les dangers du rĂ©chauffement climatique en aoĂ»t 2022. Un mĂ©lange de danse, de théùtre de rue qui avait marquĂ© les esprits. Depuis, ce collectif sâempare de sujets comme la fast fashion avec une performance la veille du Black Friday en novembre 2022 dans le Centre Commercial des Halles avec plus de 1 500 kilos de vĂȘtements, ou encore pour alerter sur les dĂ©rives de lâorganisation de la coupe du monde au Qatar sur la place de la RĂ©publique Ă Paris Ă grand renfort de peintures rouges.
La Booty Therapy comme son nom lâindique revendique une libĂ©ration des Ă©motions et du corps par⊠le mouvement des fesses. MĂ©lange de twerk, un dĂ©rivĂ© du mapouka ivoirien, danse traditionnelle de transe dans laquelle on cĂ©lĂšbre la dĂ©esse de la fertilitĂ© et de danses africaines. Des performances dans lâespace public permettent aux femmes de se rĂ©approprier leur corps, de s'Ă©manciper du regard des autres et de booster leur estime dâelles-mĂȘmes. Si cette danse se veut âthĂ©rapieâ, des dĂ©monstrations dans les espaces publics permettent aussi de lutter pour la reprĂ©sentativitĂ© des corps.
La marche des fiertĂ©s est nĂ©e suite aux Ă©meutes de Stonewall Ă New York en 1969, quand la police a fait une descente dans un bar gay. Pour se rebeller contre cette injustice, un mouvement spontanĂ© et festif nĂ© dans les rues. Chaque annĂ©e, en juin, partout en France et dans le monde, fleurissent des dĂ©filĂ©s aux couleurs arc-en-ciel. Lâoccasion pour les LGBTQIA+ de marcher dans les rues, de danser, faire la fĂȘte pour se visibiliser dans un espace oĂč ils et elles sont rĂ©guliĂšrement discriminĂ©s.
La danse a toujours été un outil puissant de résistance et de revendication, notamment pour les minorités. Elle permet d'exprimer des oppressions et de revendiquer des droits tout en utilisant le corps et l'espace public.
Parmi les danses de rĂ©sistanceâŠ